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La reforme de la retraite

dimanche 29 juin 2003


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1 Message

  • > Faut-il oublier 2003 ?

    8 janvier 2004 14:47, par jc

    La réforme des retraites a fait l’objet d’une intense bataille idéologique. En fait de bataille plutôt un matraquage. La pensée unique néo-libérale n’avait pas attendu 2003 pour gaver les esprits avec les mêmes thèmes rebattus :
    - Les fonctionnaires privilégiés en matière de retraite
    - L’égalité qui consiste à aligner les fonctionnaires sur les salariés du privé (et surtout pas l’inverse)
    - La réforme inéluctable due à l’évolutions démographique
    - Les pays européens en avance sur le sujet

    Il est vrai qu’à Barcelone, au sommet européen des chefs d’état, Chirac et Jospin avaient signé à quatre mains pour un recul moyen de 5 ans de l’âge de départ à la retraite. Sans bien sûr qu’il n’y ait eu le moindre débat démocratique sur le sujet en France.

    En ce début d’année 2003 la réforme des retraites était déjà bien installée dans les esprits, inévitable, incontournable … Seules les modalités pouvaient donner lieu à adaptation.

    L’accord intersyndical des grandes confédérations sur une plate-forme minimale ne pouvait rassurer que les naïfs. La CFDT bradait dès le départ les 37,5 annuités de la fonction publique. Au niveau confédéral, la CGT évitait d’aborder le sujet… FO, la FSU et SUD défendaient les 37,5 annuités, mais SUD n’était pas convié à la table (des grands) de la négociation.

    Pour toutes ces raisons, ceux qui voyaient venir cette réforme comme un des plus grands reculs sociaux de notre époque, n’étaient guère optimistes sur l’issue d’une éventuelle bataille.

    Pourtant en quelques semaines, un puissant mouvement social allait amener de force dans la rue le débat de fond et des propositions alternatives. Alors que gouvernement et médias inféodés déversaient lieux communs et désinformation sur le sujet, la rue mettait en relief le recul continu de la participation du capital au financement social. La réforme était nue : il s’agissait encore une fois de faire payer les salariés et d’épargner patrons et rentiers et dans un 2ème temps d’ouvrir la voie aux assurances privées.

    Débutée au 01 février, le 13 mai marque le point d’orgue de cette mobilisation sociale : une des plus grandes manifestations depuis 68 faisait sentir la force possible d’un mouvement social.

    On sentit alors dans les médias comme un flottement. Malgré toute la pédagogie qu’ils avaient déployée, la fameuse France d’en bas n’avait pas compris ! Tout était redevenu possible, le spectre de la mobilisation de 95 hantait nos gouvernants et la peur et le fatalisme pouvaient changer de camp.

    Sans barguigner ils abattirent leur carte maîtresse : la CFDT. Quand le feu est dans la maison, il ne faut pas tergiverser ! Suivit un simulacre de négociations pour emporter une « adhésion » déjà acquise et un protocole d’accord.

    Le gouvernement venait de sauver sa réforme et la CFDT allait y perdre quelques plumes, celles qui pouvaient encore faire croire qu’elle défendait les intérêts des salariés et non ceux du patronat.

    Malgré la défection de la CFDT, la mobilisation restait forte. Les journées du 19 et 27 mai, du 03 et du 10 juin étaient certes moins importantes que le 13 mai, elles montraient que le mouvement social n’avait pas renoncé.

    La stratégie des temps forts défendue de bout en bout par la CGT a montré ses limites :
    - Pas de risques majeurs pour le gouvernement
    - Calendrier s’étirant jusqu’aux vacances
    - Démobilisation progressive des secteurs les plus combattifs
    B. Thibaut pourra toujours dire après le baroud d’honneur du 19 juin que la bataille des retraites continuait, il était évident qu’elle était perdue. Elle le fut.

    Amertume.

    C’est le sentiment que partagent ceux qui y ont cru et qui se disent qu’il n’y a pas eu réellement de la part des dirigeants des confédérations une volonté de livrer bataille. Il s’agissait pour eux de reculer en bon ordre. Se rappelle t-on qu’à chaque temps fort il fallait attendre la réunion des 4 (CFT FO UNSA FSU) pour savoir quelles perspectives se donnait le mouvement ?

    Ainsi tous ceux qui sont partis sur des mouvements reconductibles se sont fait proprement sabrer !

    La grève générale qui était une alternative crédible a été systématiquement écartée.

    Rien ne dit qu’elle aurait fait céder ce gouvernement, mais au moins il y aurait eu un vrai affrontement et défaite pour défaite, 8 jours de grève marquent plus les esprits que 6 jours répartis sur 2 mois. C’était aussi une possibilité d’étendre au privé.

    Le prix de la défaite

    La réforme des retraites est donc passée en août sans problème.

    Ce gouvernement, bras armé du MEDEF en a profité pour remettre des couches successives : retenues brutales des jours de grève, répression anti-syndicale. De quoi inciter le mouvement social a être moins responsable la prochaine fois ! Après tout il n’y a pas eu de blocage des examens même si ça a occupé pendant 1 mois les médias : la fameuse prise d’otages !

    Il a continué sur la même voie, alignant une série de mesures anti-sociales (jour férié, allocations chômage …) qui culminent avec le projet de loi sur la rénovation du dialogue social et sur l’emploi. Ils veulent supprimer les dernières garanties du code du travail : accords d’entreprises dérogatoires, contrat de mission qui remplacerait le CDI et instituerait la précarité comme règle générale. Et ensuite on passera à la sécu …

    Pourquoi en effet s’arrêter ?

    Un silence assourdissant

    L’opposition officielle, celle qui aspire à retrouver rapidement les maroquins du pouvoir, elle était où pendant la bataille des retraites ?

    As t on entendu les leaders de cette opposition dénoncer cette réforme autrement que pour la forme ? Ont-ils dit qu’ils reviendraient sur cette loi s’ils reviennent aux affaires ?

    Le mouvement social manifestement ne peut compter que sur ses forces pour défendre sa cause. C’est seulement ainsi qu’il pèsera sur les politiques.

    Non à la culture de l’échec

    Si une nouvelle bataille doit avoir lieu et la défense de la Sécurité sociale sera peut-être la prochaine, il faut avoir en mémoire 2003 et en tirer quelques leçons au sein du mouvement syndical.
    - L’unité à la base et non au sommet contre la base (comme à Marseille où le G10 a été privé de parole au meeting des leaders syndicaux, alors qu’il participait localement à toutes les initiatives intersyndicales)
    - Une plate-forme revendicative claire
    - La grève générale comme moyen d’action

    Le paysage syndical éclaté, en recomposition, émergence de l’UNSA et de SUD, milite pour que l’unité d’action empêche les querelles d’état major et autres magouilles à la F. Chérèque. A SUD, l’unité d’action à la base est un objectif constant.

    La plate-forme attrape tout des retraites ne pouvait aller très loin et jetait la confusion. Il faut donc clarifier les revendications dès le départ.

    En définitive qui a peur de la grève générale ?

    A cette question une réponse me semble évidente : tous ceux qui ne veulent pas vraiment mettre en échec les « Réformes » qui se succèdent

    Alors non, décidément, il ne faut pas oublier 2003 !


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