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Financement des collectivités locales : un dangereux bricolage

jeudi 23 février 2012


Un dispositif « usine à gaz »

Le dispositif présenté au CA de La Poste en octobre
2011 était assez simple. Celui arrêté le 10 février 2012
est beaucoup plus complexe, une complication qui interroge
sur sa viabilité…
Sans rentrer dans les méandres du dispositif, il s’agit de
la création d’une nouvelle banque « LBP Développement
Local » dont la mission est d’accorder des prêts aux collectivités
locales et acteurs publics. Détenue à 65 % par
La Banque Postale (LBP) et à 35 % par la CDC, elle sera
liée à un établissement de crédit chargé de lever des
fonds pour assurer les prêts. Cet établissement sera détenu
conjointement par l’Etat, la CDC et DEXIA Crédit
Local à 31,67 % chacun ainsi que par LBP à 5 %. Enfin
cet établissement de crédit détiendrait 100% de DEXIA
Municipal Agency, filliale de DEXIA Crédit Local, une
société financière qui porte les 77 milliards de prêts
(dont 10 milliards dits toxiques) aux collectivités locales
et Etats européens.

Montage Dexia

C’est sans risque, puisqu’ils le disent ...

Ce montage devrait, selon ses concepteurs, répondre partiellement
aux besoins de financement des collectivités
locales. Le Président de la banque postale, Mr Wahl, affirme
sa volonté de capter 25% de ce marché.
Pour les patrons de La Poste, cette opération serait sans
risque. Selon eux, même si l’établissement de financement
n’est autre que DEXMA, La Banque Postale ne
pourra être exposée aux risques liés à la gestion des années
passées. Pourtant, les nouveaux prêts émis iront
dans le même bilan qui héberge les crédits toxiques et
ont contribué à la faillite de DEXIA et à l’assèchement
du financement des collectivités locales !


Coïncidence de calendrier, vraiment ?

Plusieurs instances des établissements concernés,
dont le conseil d’administration de La Poste, étaient
réunis vendredi 10 février, afin d’avaliser le projet de
création d’une nouvelle banque de financement des
collectivités locales.
A la même heure, Sarkozy présidait un « sommet »
exceptionnel regroupant les responsables des collectivités
territoriales. Le président, alors pas encore
candidat, quoique, avait besoin d’une annonce. Une
nécessité qui explique la frénésie des jours précédents
cette échéance et « l’accord de dernière minute
 ».
Les enjeux de cette opération, qu’il s’agisse d’un financement
pérenne des collectivités territoriales
comme de l’avenir d’établissements comme la
Caisse des Dépôts et Consignations et La Banque
Postale, méritent un tout autre traitement que celui
d’être un aléa de campagne !
En tout cas, ce grand cinéma rappelle, une fois de
plus, où se trouvent les priorités de nos gouvernants
et de nos patrons !


Un recrutement révélateur !

Le 3 octobre dernier, lors de la première présentation
du projet de création d’une nouvelle banque de financement
des collectivités locales impliquant La
Banque Postale, Philippe Wahl, son patron, indiquait
que ce nouvel établissement reprendrait une partie
des salarié-es de DEXIA. Il précisait que les traders
ayant participé au développement de crédits « pourris
 » ne seraient pas les bienvenus. Surprise, la
presse nous informait, le 23 janvier de l’arrivée de
Stéphane Magnan, au poste de directeur des opérations
financières de La Banque Postale. Or, le CV de
ce monsieur est parlant : directeur des marchés financiers
de DEXIA crédit local et ex-responsable
de salle de marché de New York, toujours pour
DEXIA.
Alors si les traders de DEXIA ne sont pas les
bienvenus, leur patron est, lui accueilli, à bras et,
surtout, à portefeuille ouverts !!
Un tel recrutement est pour le moins surprenant et
iquiétant. Il démontre qu’ on est loin d’avoir tiré le
bilan du type de gestion ayant eu cour chez DEXIA,
comme dans la majorité des établissements bancaires.
En conséquence, il génère un grand doute
quant aux garanties qui sont aujourd’hui avancées
par nos patrons, ceux la même qui n’ont de cesse de
réclamer qu’on leur fasse confiance !!!

Un système étanche ? pas si sûr !

S’appuyant sur la présence de l’Etat, nos patrons
s’avancent beaucoup en considérant ce dispositif
« sans risque ». Il est d’autant plus difficile de
prendre leurs propos comme argent comptant que
plusieurs questions, et non des moindres, restent
toujours sans réponses.
Le nouveau dispositif n’est pas suffisamment précis
pour garantir la non–exposition de LBP pour
les opérations engagées par DEXIA. De plus, le
dossier présenté n’aborde en aucune façon les
contentieux engagés en France et en Belgique
contre les conséquences de la gestion DEXIA.
Par ailleurs, aucune information précise n’est
donnée concernant la poursuite ou non de l’activité
de DEXIA Crédit Local. Si cela était le cas,
cela signifierait que l’Etat, la CDC et LBP participeraient
financièrement à la mise en place d’une
concurrence à la nouvelle entité !!
Ces deux éléments démontrent qu’il s’agit surtout
et avant tout d’une solution de bricolage afin de
donner l’impression de donner une réponse à la
crise du financement des collectivités locales…

Une autre solution est possible !!

Que La Poste participe au financement des collectivités
locales est loin d’être choquant. Dans le
cadre d’un véritable pôle public financier, son réseau
aurait évidemment toute sa place. En revanche,
le montage actuel est loin d’être vertueux
puisqu’on y retrouve les mêmes acteurs de la faillite
de DEXIA.
Il s’appuie sur les marchés financiers, fait peu de
cas de l’intérêt général, ne répond pas exhaustivement
aux besoins et comporte des risques pour
La Banque Postale et par conséquent pour les postier-
es.
C’est pourquoi, les représentants de Sud-PTT au
conseil d’administration du groupe La Poste se
sont prononcés contre le projet.

tract national SUD

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