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Rassurer les marchés, ou les mettre au pas ?

mardi 11 mai 2010


Le carcan des traités européens

Reconnaissons aux gouvernements européens une certaine habileté dans l’art de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. L’écho médiatique s’émerveille de cette soudaine réussite : ils ont rassuré les marchés !

Que le dogme néo libéral qui ligote les peuples européens ait été écorné au passage sera passé sous silence.

La BCE ne doit pas prêter aux états.

Ce dogme là est écrit dans le traité de Lisbonne.

Quand par ailleurs la BCE finance les banques en déversant des liquidités à 1%, alors que ces mêmes banques prêtent aux particuliers et aux entreprises à des taux entre 5 et 10 % en moyenne.

Quand la Grèce doit se financer sur les marchés à des taux supérieurs à 10%.
Avec de tels remèdes on étrangle le malade !

Quand l’aide des pays européens à la Grèce à des taux de 5% étrangle un peu moins vite le malade. Mais les autres pays ne cherchent pas vraiment à sauver la Grèce, ils ont surtout à coeur la défense des intérêts de leurs banques très fortement impliquées en Grèce !

Cherchez l’erreur.
Pour eux il n’y en a pas, les banques et les investisseurs privés se refont ainsi une santé financière. Mais comme cela ne va pas assez vite, restent les produits financiers sophistiqués et hautement spéculatifs pour se refaire la cerise ! Avant hier les subprimes, hier les matières premières, aujourd’hui les obligations d’état...

Effet domino garanti pour les états européens dont la dette publique explose sous l’effet mécanique de la crise financière.

Pas question pour autant de dénoncer ces traités qu’ils nous ont fait adopter de gré ou de force. Le dogme reste en place dans les traités, mais on le contourne avec un dispositif de type "FME" et en laissant la BCE racheter des titres de la dette.

Ils veulent bien manger leur chapeau mais à petite dose !

Le soudain rebond des bourses est donc là pour nous prouver qu’ils ont rassuré les marchés.

Ils ont sorti la "Grosse Bertha" : effet dissuasif garanti à court terme. Sauf qu’ils sont un peu juste côté munitions.

Le dispositif financier lui-même (ligne de crédit de 500 Md en cas de propagation de la "défiance" des marchés à l’égard d’autre pays européens) est un rempart de sable, en attendant la prochaine vague spéculative, si on a en tête que tous les pays européens ont laissé filé leurs déficits et que la croissance est en berne.


Mais l’autre partie de l’accord : faire boire aux peuples européens la potion amère de la rigueur, est un signal hautement apprécié par les marchés.

Dans le processus classique mis en oeuvre depuis le début de la crise : privatiser les profits et socialiser les pertes, ces plans de rigueur viennent à point nommé pour redonner un petit élan au système.

Un système à bout de souffle qui hoquette de bulle en bulle

La courte histoire de cette période néo libérale :

- Tout d’abord, dérégulation massive et pression à la baisse sur les salaires qui conduisent à une répartition inégalitaire des richesses et au recours inconsidéré au crédit pour maintenir la consommation. Il y a beaucoup d’argent à se faire sur le dos des pauvres, ça c’est l’exemple subprime !

- Puis la crise financière quand le beau château de cartes s’écroule, et son corollaire, la crise du crédit.

- Le sauvetage des banques avec l’aide directe des états, puis les plans de relance économiques et les taux ridiculement bas des banques centrales. Tout ceci gonfle la dette publique des états et finance la spéculation.

- La crise de la dette publique, nous y sommes.

- La crise sociale qui s’annonce en Europe, dont on commence à voir les premiers effets en Grèce, mais aussi en Islande, en Lettonie...

Ces crises qui se chevauchent et interagissent entre elles : la bulle de la dette privée, à peine dégonflée quand gonfle la dette publique. En attendant la bulle du ras le bol et de la révolte ?

Pendant ce temps là, les banques qui ne sont pas sorties complètement de la crise financière, affichent d’insolents bénéfices et se goinfrent : après nous le déluge pourrait être leur devise !

C’est encore loin la Grèce ?

On s’en rapproche dangereusement.

Pourtant le politique a le pouvoir législatif et règlementaire pour couper les ailes aux spéculateurs. Encore faut-il la volonté politique.

Car au delà des effets d’annonce, des photos de G7 en G20, que constatons nous : les gouvernements, aveuglés par leur idéologie, cédant aux lobbies financier, refusent toujours de prendre les mesures pour interdire la spéculation,
Leur refus de contrôler directement les banques au plus fort de la crise financière relevait du même aveuglement, dont on peut voir aujourd’hui les conséquences.

Alors sur qui compter ?

Seul un vaste mouvement social est à même de peser pour refuser que la sortie de crise se fasse sur le dos du monde du travail, actifs et retraités du privé et du public.

C’est au tour des rentiers de payer !

Ce n’est pas en opposant les peuples européens les uns aux autres, mais en les rassemblant autour de ce combat là qu’une issue garante de progrès social pourra être trouvée.

En France, le projet de régression sociale autour des retraites est annoncé comme hors d’oeuvre.

L’occasion dans l’unité la plus large de stopper cette offensive de régression sociale.

Car tant que les marchés ne seront pas désarmés, nous devrons subir leur dure dictature.

Sur ces sujets et d’autres :

la pompe à phynance

le site de Michel Husson

Blog de Paul Jorion

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