Accueil > Mondialisation > Crise financière : ce sont les fous qui dirigent l’asile

Crise financière : ce sont les fous qui dirigent l’asile

vendredi 10 octobre 2008


Un vent de folie souffle sur les marchés boursiers ?

Présenter ainsi la crise financière permet en invoquant l’irrationnel de masquer les vraies responsabilités. Car ce qui se produit est le résultat logique de 30 ans de dérégulation de l’économie.

REVUE DE DETAIL

- Ainsi Paulson qui vient de donner son nom au plan du même nom, est un ultra libéral qui dirigeait la banque Goldman Sachs, avant d’exercer sa fonction actuelle au Trésor. Après avoir "sauvé" la banque Bear Stearns au printemps en la livrant à JP Morgan Chase, puis "Fannie" et "Freddy" (les 2 piliers du crédit immobilier américain) début septembre en les re-nationalisant, il n’a pu s’empêcher de revenir aux bons vieux principes néolibéraux : autorégulation du marché pour la banque Lehman Brothers qui semblait présenter un risque systémique moins élevé. Mais la faillite de Lehman qui s’en est suivie a obligé le même Paulson à sauver en urgence le géant américain de l’assurance AIG par une quasi nationalisation : coût de la boulette 85 Milliards de $. Et la suite est connue : 700 Mds de $ mis sur la table pour sauver les banques, ce qui n’a pas suffi semble t-il !

- Ainsi Sarkozy, fervent défenseur du modèle américain, qui déclarait en 2007 que les français n’étaient pas suffisamment endettés et proposait de développer le crédit hypothécaire en direction des revenus modestes.

Citons l’Abécédaire des propositions du candidat Nicolas Sarkozy

Crédit hypothécaire

"Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or, une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C’est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l’État intervienne pour garantir l’accès au crédit des personnes malades."

"Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement."

"Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants."

Ce que proposait Sarkozy, c’était ni plus ni moins que d’introduire en France le système des subprimes !

Au delà de ces 2 exemples gratinés, tous ceux qui sont aujourd’hui aux commandes de l’économie mondiale adoraient encore avant hier les vertus du marché avec ses 2 grands principes :
- la non intervention de l’état et l’autorégulation du marché
- le sacro saint principe de la concurrence : une concurrence libre et non faussée

Aujourd’hui on voit le résultat : les banques viennent implorer la prise en charge de leurs pertes par l’état et pour ce qui est de la concurrence, elles l’assument dans la débacle : il ne faut pas compter sur elles pour se serrer les coudes !

Aussi les néo libéraux d’hier, nationalisent-ils contre leurs convictions tout en continuant dans le même temps à mener la même politique de réformes néolibérales
- sur la baisse des salaires qui est le résultat du travailler plus... pour gagner moins
- sur les retraites en favorisant les dispositifs de capitalisation, alors que les fonds de pension US viennent de perdre 2 000 Milliards de $ (20% de leur valeur) !
- sur les services publics avec en particulier l’éducation et la santé mis au régime sec, puisque les caisses sont prétendument vides
- sur la privatisation de La Poste :
Difficile dans le contexte actuel de convaincre les postiers et les usagers que ce service public doit aller chercher son salut en bourse !
Alors le projet a brusquement était mis en sourdine, mais il n’a pas été abandonné, la transformation de La Poste en Société Anonyme est toujours dans les cartons. Simplement ils attendent une période plus favorable. C’est également ce qui a été décidé en Allemagne pour l’équivalent de la SNCF qui devait être privatisée à l’automne.

Les caisses sont vides mais l’argent coule à flot !

Si les caisses sont vides pour couvrir les besoins sociaux et répondre aux besoins de l’immense majorité de la population, comment expliquer qu’on trouve sans problème l’argent pour renflouer les banques ?

Sauver les banques et leurs amis banquiers, sauver le système qui les nourrit grassement, voilà leur priorité !

Mais qui va payer la facture ?

Il s’agit en fait d’un double hold up : après avoir subi la rigueur pour satisfaire à l’orthodoxie des critères économiques libéraux qui nous ont mené comme ils disent, "au bord de l’abîme", nous allons devoir subir la récession, l’augmentation du chômage et le remboursement des fonds injectés sans compter pour sauver les banques !

Pour un bouclier social

C’est un scénario catastrophe qui se prépare pour ceux qui subissent déjà la dureté du système, à moins que dans un mouvement d’ensemble de tous ceux qui vivent de leur travail et non de la spéculation, NOUS RAMENIONS LES "FOUS" A LA RAISON !



L’interview dans le Monde de Pierre Khalfa membre du conseil scientifique d’Attac et porte-parole de l’union syndicale Solidaires fait une synthèse claire des enjeux actuels :

"Il semble que la classe politique et le patronat aient trouvé le bouc émissaire idéal dans la crise financière : les parachutes dorés obtenus par certains patrons au moment où ils sont congédiés par leur conseil d’administration. Certes, les millions d’euros ou de dollars obtenus sont proprement scandaleux, mesurés au sort qui attend les salariés des entreprises concernées. Mais n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ?"

"Le capitalisme néolibéral a mis en oeuvre un mode bien particulier de rapport entre les actionnaires et les dirigeants d’entreprise. Pour que ces derniers se consacrent à la "création de valeur pour l’actionnaire", leur rémunération a été liée au cours de l’action, d’où l’importance prise par les stock-options dans leur rémunération. Finie donc la construction d’une stratégie de long terme, c’est le règne de la logique financière : tout ce qui fait monter la valeur de l’action et augmente les dividendes est bon, tout le reste est mauvais !"

"Cette logique a été légitimée par les nouvelles normes comptables internationales qui obligent à valoriser les actifs par rapport à la valeur du marché , faisant ainsi du cours de bourse l’indicateur premier de la valeur d’une entreprise et amplifiant les effets de la baisse des cours comme on le voit aujourd’hui."

"Cette logique financière a eu pour conséquence une baisse continue de la part de la richesse produite revenant aux salariés, l’investissement des entreprises stagnant par ailleurs. Une récente étude de la Commission européenne indique que la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a baissé en moyenne d’environ douze points en un quart de siècle dans l’Union européenne. En France, par exemple, les dividendes versés aux actionnaires en 2007 représentaient 12,4 % de la masse salariale contre 4,4 % en 1982. En 2006, aux Etats-Unis, 1 % des personnes les plus riches recevaient 23 % du revenu national contre 10 % en 1982."

"La stagnation, ou même dans certains pays le recul du pouvoir d’achat des salariés, pose un problème majeur pour le fonctionnement du système dans son ensemble. En effet, si pour chaque patron pris individuellement le salaire est un coût qu’il faut baisser, il est pour le capitalisme pris dans sa globalité un élément indispensable pour assurer la solvabilité de la demande."

"Cette contradiction, pointée en leur temps par Marx et Keynes, est d’autant plus forte que les salariés forment l’énorme majorité de la population. Elle a été résolue pour quelques années par la fuite en avant dans l’endettement des ménages. De moins en moins de salaire et de plus en plus de dettes, tel a été le credo du capitalisme néolibéral. Aux Etats-Unis, cette logique n’a pas concerné simplement les biens immobiliers, mais aussi les dépenses courantes des ménages, notamment les plus pauvres."

"Grâce à un marketing bancaire souvent à la limite de l’escroquerie et à des techniques financières "innovantes" (titrisation, réalimentation permanente du crédit, etc.), les institutions financières ont repoussé au maximum les limites possibles de l’endettement. La crise a commencé quand les ménages les plus exposés ont été dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts et elle s’est répandue comme une traînée de poudre, les pare-feu permettant de cloisonner l’incendie ayant été détruits systématiquement par la déréglementation financière."

"Que faire aujourd’hui ? Disons- le tout net, les appels à la moralisation du capitalisme feraient sourire si les conséquences majeures de cette crise n’allaient pas être supportées par la grande masse de la population, que ce soit par la socialisation des pertes des institutions financières, alors même qu’aucune taxation des profits n’est envisagée, ou avec la récession qui s’annonce."

"De telles exhortations relèvent du cynisme quand elles sont le fait de responsables politiques qui, comme Nicolas Sarkozy, ont joué à fond la carte de la financiarisation de l’économie et aggravé encore les inégalités sociales. L’indécence de centaines de milliards d’argent public déversés sans mégoter pour sauver le système financier ne peut, d’ailleurs, que provoquer un sentiment de révolte alors même que, pour une grande partie de la population, les besoins minimaux ne sont pas couverts."

"Si l’on veut en finir avec les crises successives - une tous les deux ans depuis le début des années 1980 -, à chaque fois plus grave, c’est moins d’appels à la morale que nous avons besoin que d’un changement radical de modèle économique. Cela suppose d’abord de casser les reins à la finance, et les propositions pour le faire ne manquent pas : recloisonner les marchés financiers, imposer un contrôle public sur les institutions financières, interdire la titrisation et limiter "l’effet levier", interdire toute transaction financière avec les paradis fiscaux et des transactions de gré à gré, créer des pôles bancaires publics, etc. Mais ces mesures ne pourront prendre leur sens que si la répartition de la richesse produite est profondément modifiée."

"Il faut en terminer avec les exigences actuelles de rentabilité du capital, 15 % de retour sur les capitaux propres, alors que l’accroissement de la richesse produite tourne autour de 2 %. L’augmentation de la fiscalité sur le capital, visant plus fortement les profits distribués aux actionnaires que ceux réinvestis, peut y contribuer, de même que l’augmentation de la part patronale des cotisations sociales pour financer la protection sociale."

"Il s’agit en fait d’imposer un partage des gains de productivité plus favorable aux salariés permettant d’augmenter les salaires et les minima sociaux, de financer la protection sociale et les services publics et d’améliorer les conditions de vie et de travail de la population. Il est clair qu’une telle orientation ne sera pas adoptée spontanément par les classes dirigeantes. La crise actuelle en montre pourtant la nécessité et donc celle de construire les rapports de forces pour l’imposer."


DES CHIFFRES ET DES LETTRES ... DE CREANCE

LES CHIFFRES DONNENT LE TOURNIS

- A titre de référence, le budget de la défense US qui est un monstrueux budget de guerre équivaut à 600 milliards de $ (budget voté en 2008 par le Sénat)
- Le plan Paulson : de 700 à 850 Milliards de $
- les fonds de pension US ont perdu 2 000 milliards de $ (c’est à dire les futurs retraités...)
- Le FMI indique que les pertes sur les créances douteuses s’élèvent à 1 400milliards de $ , au printemps il les chiffrait à 1 000 milliards de $, combien à Noël ?
- après la "faillite" islandaise, chaque Islandais vient d’hériter d’une dette de 200 000 $
- Depuis octobre 2007 les bourses mondiales ont perdu 41% de leur valeur, soit 26 000milliards de dollar !!!
- 2 millions de saisies immobilières sont attendues aux USA dans les mois à venir... et il n’y a toujours pas de plan de prévu pour éviter cela
- 180 000 suppression d’emplois sont annoncés en France dans le secteur du bâtiment (contrecoup immédiat de la crise dans l’immobilier)

En parallèle également, ce chiffre impitoyable pour ce qu’ils nomment la GOUVERNANCE MONDIALE :
- Aide alimentaire d’urgence de 1,2 milliard de $ : aumône mise en place par la Banque mondiale alors que le FMI dispose d’une capacité financière de 250 milliards de $ !!!

LES PREMIERS SERONT LES DERNIERS

Résistants de la première heure à la vague néo libérale, nous étions archaïques, ils étaient modernes ! La roue a tourné : la démonstration est sous nos yeux.

- La banque Lehman Brothers en faillite arrive en tête des classements 2007 de la profession. Le vendredi 19 septembre, la revue américaine Institutional Investor (II), une des « Bibles » de la haute finance mondiale a mis en ligne les résultats de son célébrissime classement annuel 2007 des meilleurs professionnels des métiers de l’argent, 17ème du nom. Ce classement intervient 2 jours après la faillite de la banque !!! (source : backchich.info)

- Le World Economic Forum publie un classement de la fiabilité des systèmes bancaires dans lequel chaque pays se voit attribuer une note allant de 1 - insolvable - à 7 parfaitement fiable.

Les USA sont 40ème, l’Allemagne 39ème avec une note de 6.1.

L’Islande est 36ème (6.2).

"Les banques islandaises détiennent 61 milliards de dettes - 12 fois le PIB islandais - qu’elles ne peuvent rembourser.

420 000 déposants britanniques et danois sont concernés. Le gel de ces comptes affecte également des hopitaux, des universités, des municipalités, sans oublier la police londonienne.

La bourse est fermée jusqu’au 13 octobre. Le remboursement des 300 000 déposants Britannique qui avaient leurs comptes dans la banque Icesave pourrait coûter 4,1 milliards de dollars aux contribuables anglais.

Le PIB de l’Islande pourrait se contracter de 10%. Au total, les banques islandaises faillies doivent rembourser 11 milliards d’euros d’ici fin 2009." (source contre-info)

"Après une euphorie économique sans précédent dans son histoire, l’Islande paie le prix de son engagement dans une économie intégralement dérégulée.

En novembre 2007, l’Islande était encore l’une des plus belles réussites économiques occidentales, témoin sa place en tête du classement des endroits où il faisait bon vivre sur la planète soigneusement médiatisée par les néolibéraux de tout poil.

L’île avait éjecté la Norvège de la première place et dominait la liste de 177 pays établie par les Nations unies et qui compare le revenu par habitant, l’éducation, la santé et l’espérance de vie.

Le pays, qui ne compte que 320 000 habitants, avait accompli un prodige économique et tous les oracles officiels l’encensaient. Les Islandais également considérés comme les renards libres les plus heureux du monde dans le poulailler libre..."

Passage extrait du site dutron.wordpress.com

LA QUESTION DES RETRAITES AUX USA


Les cotisations de la caisse de retraite de la sécurité sociale on été prévues pour dégager chaque année un excédent important en prévision de la fin d’activité des baby-bommers. Qu’est devenu cet excédent ? L’état l’a utilisé pour ses dépenses courantes. En échange de quoi il a donné à la caisse de retraite des reconnaissances de dettes.

Ce système a également été utilisé sur d’autres postes budgétaires.

Que se passera-t-il à échéance de ces reconnaissances de dettes, à partir de 2012 ? L’état va rembourser ... en émettant de nouveaux bons du trésor, encore une dette.

Au total, les américains auront payé deux fois leur retraite. Une première fois sous forme de cotisation, puis une deuxième fois sous forme d’emprunt. (source contre-info)

DEBUT DE BLOCAGE DU COMMERCE INTERNATIONAL (source Financial Post)

La crise du crédit se propage à l’activité du commerce des grains car les acheteurs internationaux sont dans l’incapacité de régler leurs commandes.

Avant que les chargements puissent être embarqués à bord des navires, les acheteurs doivent produire la preuve qu’ils disposent des fonds. De nombreuses transactions échouent car les vendeurs n’ont plus confiance dans les établissements financiers qui émettent ces lettres de crédit.

Il y a toutes sortes de frets qui s’empilent sur les docks parce que les gens ne peuvent pas obtenir de lettres de crédit.

AcCTIFS DES BANQUES EXPRIMES EN % DE PIB DU PAYS D’ORIGINE

Cliquer pour agrandir

Kaupthing, Fortis, Dexia, ce ne sont pas précisément des petites PME !

Et on mesure mieux alors ce que ça signifie quand l’Etat se porte garant des dettes des banques ....

Version imprimable de cet article Version imprimable

Plan du site |Charte Forum |Rédaction | SPIP| Surfez avec Firefox | Suivre la vie du site RSS 2.0